Les rivières du Coiron au Rhône sont tous des affluents rive droite du Rhône, de 15 à 25 km de long. Malgré cette taille modeste, ils condensent sur leurs bassins versants des particularités rares.
 
D'un point de vue géologique, l'ancien VOLCANISME DU PLATEAU DU COIRON est autant inscrit dans les paysages (dykes, necks, orgues basaltiques) que dans les rivières à travers la présence de galets noirs. Ces galets d'origine volcanique se mélangent aux galets blancs, d'origine calcaire, façonnant ainsi des lits de rivière au contraste singulier.
Dyke sur le Frayol
Dyke sur le Frayol
Neck de Sceautres
Neck de Sceautres
Orgues sur le Vernet.JPG
Orgues sur le Vernet.JPG
Galets Noirs et Blancs.JPG
Galets Noirs et Blancs.JPG
Dyke sur le Frayol
Leur HYDROLOGIE EXTRÊME est un autre fait remarquable. En effet, ces rivières sont soumises aux orages automnaux cévenols qui se traduisent par des pluies intenses en un laps de temps très réduit. Les crues sont ainsi soudaines et très violentes. A l'inverse, durant plusieurs mois par an, les cours d'eau sont totalement à sec. Si ces assecs sont naturels, ils sont amplifiés par le changement climatique et durent de plus en plus longtemps, parfois presque 6 mois.

La Payre, le Lavezon, l'Escoutay et ses affluents sont classés en RÉSERVOIR BIOLOGIQUE. Ces rivières sont donc reconnues comme des espaces vitaux pour la biodiversité aquatique et semi-aquatique qui offrent des habitats naturels où les espèces peuvent effectuer tout ou partie de leur cycle de vie (croissance, alimentation, reproduction, repos). Les réservoirs biologiques ont également un rôle fonctionnel de "pépinière" à partir des desquelles les espèces aquatiques se disséminent afin de soutenir la résilience des communautés biologiques, notamment dans le contexte du réchauffement climatique. En effet, les rivières du Coiron au Rhône abritent de nombreuses espèces remarquables et protégées tant animales que végétales (castor d'Europe, barbeau méridional, écrevisses à pattes blanches, renoncule à fleurs latérales, salicaire à feuille de thym, glaucier jaune, etc.)
 
Parmi les principaux facteurs auxquels les rivières du Coiron au Rhône s'ajustent en permanence et qui perturbent cet équilibre fin, figurent le tarissement sédimentaire, la diminution de l'espace rivière et l'incision de leur lit.
 
TARISSEMENT SÉDIMENTAIRE
Depuis la fin du XIXe siècle, les apports en sédiments depuis les versants à l'amont des cours d'eau s’amenuisent. En effet, le climat plus chaud avec moins de précipitations limite les phénomènes de fragmentation des roches. A ces dynamiques de temps long s’ajoutent également des causes plus récentes : la déprise rurale et l’abandon du pâturage favorisent la végétalisation des versants. Cette végétation, par son système racinaire, fixe les sédiments sur les versants limitant également les apports en matériaux.
Tarissement sédimentaire Escoutay
Tarissement sédimentaire Escoutay
Tarissement sédimentaire Payre.JPG
Tarissement sédimentaire Payre.JPG
Tarissement sédimentaire Escoutay
Ce manque d'apports en sédiments depuis les versants conduit à une vidange parfois complète de la charge de fond puisque les sédiments emportés par le cours d’eau ne sont pas renouvelés. Ainsi, d’importants linéaires des rivières du Coiron au Rhône présentent un affleurement de la roche mère et une absence totale de matelas alluvial. L’absence de sédiments et l’affleurement de la roche sur le fond du lit engendrent une accélération des flux, d'ores et déjà puissants et rapides en période de crue (contexte cévenol) et un appauvrissement des habitats, limitant ainsi les potentialités biologiques des rivières.
Si ces phénomènes sont généralisés sur de nombreux cours d'eau, ils sont accentués sur les rivières du Coiron puisque ce massif est composé de basaltes, roche particulièrement peu friable. A l'heure actuelle, 1/4 du linéaire des rivières du Coiron au Rhône ont été complétement vidangés de leurs sédiments, pourcentage qui ne peut que s'accroître dans le temps.
 
UN ESPACE RIVIÈRE EMPIÉTÉ
Espace rivière
Espace rivière
Depuis de nombreuses décennies, des aménagements anthropiques ont été réalisés pour gagner de l'espace sur la rivière afin d'augmenter les surfaces agricoles ou urbaines, pour se protéger contre les inondations. Les rivières ont ainsi été chenalisées, leurs cours détournés, des digues ont été érigées confinant les rivières dans un chenal parfois réduit au minimum. Ce grignotage de l'espace rivière engendre des déséquilibres tels que la recharge en sédiments par érosion de berge, l'étalement et le laminage des écoulements en période de crue, l'appauvrissement des milieux et de la biodiversité.
L’Espace de Bon Fonctionnement (EBF) d'une rivière est l’espace nécessaire à un cours d’eau pour assurer l’ensemble de ses fonctions naturelles (diversité et qualité des habitats, qualité et quantité de la ressource en eau, expansion et dissipation de l’énergie de crue, transit sédimentaire, recharge nappe/rivière, etc.). Les rivières du Coiron au Rhône occupent aujourd'hui entre 20 et 35% de leur espace de bon fonctionnement.
DES LITS INCISÉS
La tendance actuelle sur l’ensemble des rivières du Coiron au Rhône, est à l’incision, c'est à dire à l'enfoncement de leur lit vif. Cette dynamique est en partie induite par le tarissement sédimentaire et les aménagements anthropiques qui conduisent à la réduction de l'espace rivière. En effet, la rivière en période de hautes eaux a d'autant plus d'énergie qu'elle transporte moins
incision
incision
de sédiments en provenance des versants. En outre, contrainte par les protections de berges, les digues, etc., elle reporte alors toute son énergie sur le fond du lit pour en arracher les sédiments. Les conséquences de ce déséquilibre du fonctionnement des rivières sont multiples (voir schéma). De plus, en période de crue, les écoulements sont plus rapides et s'étalent moins sur son espace de bon fonctionnement. Il lui est, de ce fait, plus difficile de mobiliser les sédiments en marge de son lit vif et dans cet espace. S'il ne sont pas mobilisés par la rivière régulièrement, ces sédiments se végétalisent et deviennent d'autant plus dur à remobiliser en période de crue. Cela amoindrit encore le stock sédimentaire du cours d’eau et amplifie le phénomène d’incision. Enfin, l'incision du lit peut induire des déchaussement des fondations des ouvrages d'art (ponts, digues, etc.) et donc leur déstabilisation avec le risque, qu'à termes, les ouvrages s'effondrent.
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